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Mondes de l'éducation

Image tirée du projet syndical pour l'élimination de la violence fondée sur le genre en milieu scolaire
Image tirée du projet syndical pour l'élimination de la violence fondée sur le genre en milieu scolaire

Le rôle essentiel de l’éducation et de l’école dans l’élimination de la violence fondée sur le genre

Publié 25 novembre 2023 Mis à jour 27 novembre 2023
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Selon le Guide de ressources de la Banque mondiale consacré à la Violence à l’égard des femmes et des filles, 818 millions de femmes dans le monde ont déjà subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire ou des violences sexuelles exercées par d’autres personnes. Ce chiffre correspond à la quasi-totalité de la population de l’Afrique subsaharienne. En cette Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, il est crucial d’examiner et de démontrer clairement le lien intrinsèque qui existe entre l’accès à l’éducation et l’élimination effective de la violence fondée sur le genre.

Violence à l’égard des filles et des écoles : une problématique mondiale

Historiquement, les écoles ont toujours été considérées comme des lieux sûrs, offrant aux élèves des repas gratuits, un accès à des installations sanitaires salubres, un encadrement physique assuré par des personnels de soutien à l’éducation (services infirmiers), un accès aux soins de santé de base et la possibilité de devenir des personnes indépendantes. Pourtant, bien trop souvent, les filles et les jeunes femmes n’ont pas accès à l’éducation et les établissements scolaires sont devenus pour elles des lieux dangereux.

La violence fondée sur le genre en milieu scolaire (VGMS) se réfère aux menaces ou actes de violence sexuelle, physique ou psychologique survenant dans les établissements scolaires ou à proximité. Selon l’UNESCO et l’UNGEI, la violence à l’école et la VGMS englobent les châtiments corporels, les violences et agressions sexuelles, le harcèlement, les propos sexistes dénigrants, les violences physiques et psychologiques exercées par des pairs ou des parents, telles que les railleries malveillantes, les insultes, l’exclusion, le déni des ressources, le harcèlement verbal ou visuel et les dommages matériels.

Partout dans le monde, la VGMS prive des millions d’enfants et adolescent·e·s, en particulier les filles, de leur droit à une éducation sûre, inclusive et de qualité. Cette situation est due aux normes de genre et aux stéréotypes sexistes, ainsi qu’aux rapports de force inégaux entre les hommes et les femmes : si tout le monde peut être victime de ce type de violence, que ce soit les hommes ou les femmes, les garçons ou les filles, ce sont principalement les filles et les femmes qui sont les plus vulnérables. Dans le cadre spécifique de l’école, les élèves, les enseignant·e·s et les personnels de soutien à l’éducation peuvent être à la fois victimes et auteur·e·s d’actes de VGMS.

Transformer les normes sociales et repenser nos systèmes

Les inégalités entre les hommes et les femmes, ainsi que la violence à l’égard des enfants, existent dans toutes les sociétés : il s’agit d’un problème d’envergure mondiale.

La discrimination fondée sur le genre, le racisme et le patriarcat conditionnent aujourd’hui encore nos systèmes éducatifs et nos structures sociales. Conséquence, nos systèmes éducatifs et nos établissements scolaires contribuent à reproduire et perpétuer ces formes de violence. La mise en œuvre de politiques visant à garantir la sécurité dans les écoles et la bonne formation des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation qui y travaillent permettraient de briser ce cycle de la violence et de l’injustice. Garantir la sécurité dans les écoles permettrait aux élèves, dans toute leur diversité, de créer des générations de citoyen·ne·s actif·ive·s capables de poursuivre le processus de transformation.

Créer des écoles sûres et protéger les espaces sûrs

Le programme de la Banque mondiale pour des écoles sûres identifie cinq domaines prioritaires pour aider les pays à élaborer et mettre en œuvre des politiques et pratiques pour garantir des écoles sûres et durables :

  • Sécurité physique : protection contre les risques susceptibles de causer des dommages corporels dans les écoles ou sur le chemin aller/retour de l’école.
  • Santé mentale et bien-être : prévention du stress négatif et des symptômes d’anxiété, de dépression et d’autres pensées et sentiments négatifs, et protection contre la violence psychologique.
  • Pratiques et environnement pédagogiques : sécurité découlant des pratiques et de l’environnement où l’on observe une interaction entre élèves, enseignant·e·s, contenus, équipements et technologies pour renforcer l’inclusion et la motivation en termes d’apprentissage.
  • Interactions et relations : interactions positives favorisant l’apprentissage social et émotionnel (ASE) et l’inclusion.
  • Liens avec l’école : partenariats et relations de l’école avec les familles, la communauté et d’autres écoles.

Les responsables politiques, les professionnel·le·s, les directions d’établissements scolaires et les enseignant·e·s doivent s’atteler en priorité à atténuer les risques et à multiplier les opportunités d’apprentissage dans les systèmes éducatifs, afin que les écoles puissent offrir un maximum de sécurité aux enfants et aux jeunes. Cette approche globale doit également tenir compte des besoins des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation et impliquer les familles et les communautés, afin que les efforts puissent être partagés et inscrits dans la durée.

Créer des espaces sûrs implique aussi d’organiser des formations sur la VGMS pour les enseignant·e·s et les personnels de soutien à l’éducation, afin de leur permettre de prévenir, protéger, signaler et (ré)intégrer les victimes de VGMS dans les écoles et les classes.

Le rôle crucial des syndicats

Les syndicats de l’éducation ont toujours apporté leur soutien aux professionnel·le·s de l’éducation pour mettre un terme à la VGMS. Depuis des décennies, les militant·e·s et les syndicats de l’éducation s’opposent avec force aux normes sociales et aux décisions politiques visant à interdire l’école aux femmes et aux filles. C’est notamment le cas en Iran, où plus de 1.200 jeunes écolières ont été empoisonnées lors d’attaques chimiques dans leurs écoles, une situation qui a conduit à retirer massivement les filles des écoles par crainte de nouvelles violences. Durant l’été 2023, une recherche a été menée en collaboration avec le Coordinating Council of Iranian Teacher Trade Associations pour examiner la discrimination fondée sur le genre et la répression dont sont victimes les filles et les femmes étudiantes en Iran, à travers l’analyse de 358 cas d’empoisonnement au gaz dans des écoles de filles, dont le seul but est de faire taire la résistance par la force et d’instaurer un climat de peur.

Porte-parole mondial des personnels de l’éducation, l’Internationale de l’Éducation (IE) a un rôle crucial à jouer dans la construction d’un mouvement de lutte contre la VGMS au sein de la communauté syndicale de l’éducation. En 2014, un événement dédié à la VGMS organisé dans le cadre de la Conférence mondiale des femmes de l’IE a montré que bon nombre d’organisations membres de l’IE à travers le monde souhaitaient travailler à l’éradication de la VGMS. En 2015, le 7e Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation a adopté une Résolution sur la violence sexiste en milieu scolaire, appelant ses affiliés à prendre des mesures pour lutter contre la VGMS dans leur pays. En réponse, un groupe de syndicats de l’éducation en Afrique a lancé un programme intitulé Les syndicats de l’éducation agissent pour éradiquer la violence liée au genre en milieu scolaire [1]. Entre 2016 et 2019, neuf syndicats de l’éducation implantés en Afrique australe, orientale et occidentale, représentant plus d’un million de personnels, ont participé à un processus d’apprentissage par l’action sur le genre ( Gender Action Learning – GAL - en anglais) mis en place par Gender At Work, en vue de tester différentes stratégies pour mobiliser les enseignant·e·s et les personnels de l’éducation et les amener à devenir des agents du changement pour lutter contre la VGMS dans leur pays.

Lutter contre la VGMS reste l’un des moyens de protéger nos démocraties et nos sociétés, en veillant à ce que la sécurité des environnements d’apprentissage et le partage des connaissances avec les élèves soient prioritaires au sein des systèmes éducatifs. Malgré qu’elle soit perçue comme un tabou et une problématique complexe, la VGMS doit être abordée en impliquant les syndicats, les acteurs clés, les enseignant·e·s, les éducateur·rice·s et les personnels de soutien à l’éducation. Cette approche globale se révèle une stratégie efficace pour aborder l’égalité des genres, la discrimination fondée sur le genre et la ségrégation, et apporter des solutions.

1. ^

Le programme « Les syndicats de l’éducation agissent pour éradiquer la VGMS − Un partenariat innovant » a été lancé en janvier 2016 dans le but de placer les enseignant·e·s, ainsi que les personnels et les syndicats de l’éducation, en première ligne de la lutte contre la VGMS. Avec le soutien financier du ministère Affaires mondiales Canada, ce programme de quatre ans repose sur un partenariat stratégique entre l’Initiative des Nations Unies pour l’éducation des filles (UNGEI) et l’Internationale de l’Éducation (IE).

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.